dimanche 3 juillet 2016

Rapprochement troublant

Martin Van Maele est le beau-frère de Camille Genet, la mère de Jean Genet. Il est passé à la postérité comme illustrateur plus particulièrement spécialisé dans les ouvrages érotiques. Or, parmi sa production, un titre présente un rapprochement troublant avec son histoire personnelle : Camille et moi, étrange par le thème de l'ouvrage, par son illustration et par les coïncidences que l'on peut y trouver.


Comme on le voit sur la page de titre, l'ouvrage a paru dans la collection « La Flagellation à travers le Monde ». L'auteur affiché est Jean de Villiot, Martine Van Maele contribuant pour l'illustration en  fournissant 20 aquarelles, dont celle reproduite ci-dessus.


Il a été publié en 1904, par Charles Carrington, un libraire spécialisé dans les ouvrages érotiques, avec visiblement un intérêt tout particulier pour la flagellation (voir la notice Wikipédia : cliquez-ici).

Ce qui n'est pas dit est que cet ouvrage est la traduction d'un livre anglais Frank and I, ouvrage anonyme paru en 1902. Quant à l'histoire, la préface nous en dit le principal :
Gentleman superbement renté, en possession de satisfaire tous ses caprices, habitant seul un vieux manoir où de nombreux domestiques le servent comme on servait autrefois, il cueille un jour sur la route, au retour d'une partie de chasse, un délicieux petit vagabond.
Le beau gamin est couvert de poussière, il est las, mais ses vêtements trahissent une condition qui rend son escapade mystérieuse ; ses gestes sont empreints d'une élégance rare, sa voix est charmante, ses yeux doux et profonds.
Le gentleman a bon cœur. Il hospitalise l'enfant. Il le réconforte, l'habille, le nourrit, le garde. Il l'élève, l'instruit... le fouette. Oh! très correctement, très pédagogiquement. Nul émoi n'agite son cœur solide et ses sens très normaux au conspect de la tendre chair qu'il dénude... jusqu'au jour où, sous les coups donnés plus sévèrement que de coutume, le gamin, qui se remue avec désespoir, laisse apercevoir son... secret.
Camille – nom bisexuel – était un prénom féminin.
Et la scène change étonnamment.
Le fouet donné par devoir sera donné par passion, toujours correctement, toujours avec de sérieux motifs, mais aussi avec une joie de plus en plus intense, à mesure que la fille, sous son déguisement garçonnier, conservé par crainte du scandale, s'affirme la femme délicieuse qu'elle est en train de devenir.

Les points de coïncidence sont
- le prénom de l'enfant qui s'avère être une fille, Camille, comme Camille Genet.
- l'âge du « jeune garçon » qui est de 15 ans au moment de la rencontre, âge de Camille Genet en 1903.
- sa situation au moment de la rencontre, orphelin de père et de mère, comme Camille Genet en octobre 1904.
- la différence d'âge entre le narrateur et l'enfant, même si elle était plus importante entre Martin Van Maele et Camille Genet (25 ans) qu'entre le narrateur et son/sa protégé (15 ans).
- et enfin la date de parution, 1904, qui est la date où Martin Van Maele et son épouse Marie Genet ont peut-être pris en charge la petite sœur orpheline de Marie Genet.


Après avoir dit cela, en conclure que cet ouvrage comporte des aspects autobiographiques de la vie de Martin Van Maele et Camille Genet serait donné trop de signification à ce qui ne sont peut-être que de simples coïncidences. Néanmoins, découvrir que Martin Van Maele a illustré un ouvrage qui s'appelle Camille et moi est pour le moins troublant, surtout lorsqu'on pense qu'il a fallu trouver un prénom francisé pour traduire le Frank de l'édition originale. Si on avait voulu un prénom « bisexuel », pour reprendre le terme de la préface, pourquoi ne pas choisir Claude ou Dominique. Non, ils ont préféré Camille... Je dis « ils » car il s'agit d'un travail collectif. Selon Pia, Jean de Villot est le pseudonyme collectif de Hugues Rebell, Hector France et Charles Carrington. Martin Van Maele, qui avait déjà collaboré avec cet « auteur », était peut-être englobé dans ce pseudonyme collectif.

Signature de Martin Van Maele

vendredi 17 juin 2016

Une brique de plus dans l'histoire de la vie de la mère de Jean Genet.

Tout le monde connaît le principe de la nouvelle d'Edgar Poe, La lettre volée. Ce que l'on cherche et que l'on croit bien caché se trouve peut-être devant vous. Pour ceux qui se demandaient où vivait la mère de Jean Genet avant qu'elle vienne à Paris accoucher à l'hôpital Tarnier, l'information se trouvait sous les yeux de tous lors de l'exposition du MUCEM, "Jean Genet, l'échappée belle".

Dans une des vitrines, se trouvait la page de garde du dossier de secours créé suite à la première demande de Camille Genet en février 1911. Ce document a déjà été exploité par Albert Dichy et Pascal Fouché dans leur ouvrage Jean Genet, matricule 192.102. Il était exposé à la vue de tous. Il est reproduit dans le catalogue, où je l'ai photographié.

Que voit-on ?



Dans la rubrique : "Domicile actuel de la mère", on voit qu'elle  vivait depuis 6 mois au 1 rue Broca, à l'hôtel, ce qui a déjà été publié. Dans la rubrique : "Domiciles antérieurs remontant au moins à un jour.  Durée de séjour à chaque domicile.", on lit cette simple mention : "Varennes". Certes, de façon brute, cette information est difficilement interprétable. Il y a de nombreux lieux s'appelant Varennes en France. On compte pas moins de 33 communes contenant Varennes dans leur nom, dont 8 qui s'appellent simplement Varennes. En revanche, lorsqu'on sait qu'en 1910, Marie Genet, sœur de Camille Genet (la demi-sœur, pour être précis) et son mari Maurice Martin (connu sous le nom de Martin Van Maele) vivaient depuis 1904 à Varennes, en Seine-et-Oise, on peut conclure sans grand risque d'erreur que Camille Genet vivait à Varennes auprès de sa sœur et de son beau-frère. Dans quelle condition ? Cela reste à déterminer. Vivait-elle chez eux depuis le décès de sa mère en 1904 ? Mais, on ne la trouve pas recensée avec eux en 1906. Vivait-elle proche d'eux, travaillant déjà comme lingère ? Cela reste à déterminer.

La commune de Varennes en Seine-et-Oise  s'appelle maintenant Varennes-Jarcy, dans l'Essonne.

Peu à peu, par cette simple mention, une brique de plus dans l'histoire de la mère de Jean Genet se met en place.

Maison où vivait Maurice Martin et Marie Genet de 1904 à 1926 à Varennes-Jarcy.

La morale de l'histoire : " Quand les informations sont visibles par tous, encore faut-il les voir."

vendredi 3 juin 2016

Quand un simple mandat renvoie à l'histoire des origines de Jean Genet



En ce mois d'août 1910, Philibert Genet signe un mandat à Lyon. Son activité de fabrication de cartons bitumés pour toiture est en pleine expansion. Il vient d'acquérir de nouveaux terrains à Lyon pour y construire une maison et des entrepôts. Au même moment, sa plus jeune sœur (demi-sœur pour être précis), Camille Genet est enceinte. Quelques mois plus tard, elle donnera naissance à Jean Genet, seule, dans une clinique parisienne. Encore quelques mois plus tard, elle sera obligée de l'abandonner. Elle pousse alors ce cri de détresse : « Je suis seule, absolument seule, j'avais un ami qui m'a laissée seule et n'étant pas le père de mon enfant je ne peux rien lui demander. Il me reste en poche 3 f. et quelques sous. »

En trouvant ce mandat sur internet, c'est un peu du mystère de l'histoire familiale de Jean Genet que l'on touche du doigt.

Pour donner quelques éléments (que l'on retrouve dans mon article), Philibert Genet est né en avril 1859, à Virieu-le-Grand (Ain), berceau de la famille. Lorsque la famille se disperse suite à la faillite du père, il habite d'abord Roanne, puis, après son service militaire, il s'installe à Paris en 1881. Lorsque sa dernière sœur Camille naît en 1888 à Lyon, il est lui-même père d'une petite fille depuis quelques mois. En dehors d’éventuels rassemblement de la famille (peut-être à occasion du décès du père en 1892) et de la période 1890-1892 où toute la famille se retrouve à Paris, Philibert Genet et Camille n'ont jamais vécu sous le même toit. Alors que Camille reste vivre avec sa mère Clotilde dans le quartier de la rue de Sèvres à Paris, Philibert vient s'installer à Lyon vers 1897 et fonde une entreprise de fabrication de cartons bitumés pour toitures. Cette activité se développe. Il achète un terrain en 1906, rue des Girondins, à l'angle du quai de la Vitriolerie, dans le 7e arrondissement où il fait construire une maison et des entrepôts. Ils sont représentés sur ce mandat.


La maison et les entrepôts existent encore. On constate que la maison est inchangée depuis cette époque.


Philibert Genet est mort dans cette maison le 5 mai 1935. Il jouissait alors d'une certaine aisance.

dimanche 7 février 2016

Le décès de la grand-mère de Jean Genet : Clotilde Genet

Dans mon histoire familiale de la famille Genet, il me manquait une pièce dans le puzzle : le décès de Clotilde Genet, la grand-mère de Jean Genet. Grâce à l'aide d'un lecteur, j'ai obtenu cette précieuse information.

Clotilde Genet, la grand-mère de Jean Genet, est décédée le 27 septembre 1904 à l'hôpital Notre-Dame de Bon-Secours, situé au 66 rue des Plantes, Paris 14e.


Au moment de son admission à l'hôpital, elle habitait 66 rue de Sèvres, dans le 7e arrondissement. Dans son acte de décès, elle est qualifiée d'épicière. On peut penser que dans les dernières années de sa vie, elle est revenue exercer ce métier qu'elle connaissait, probablement dans une épicerie du quartier de la rue de Sèvres. Cela expliquerait qu'elle ait toujours cherché à habiter dans une des rues de ce quartier : rue Mayet, rue Pierre-Leroux, rue Rousselet et enfin rue de Sèvres.

Le 66 rue de Sèvres, dernier domicile de Clotilde Genet.

Jusqu'à maintenant, nous avions perdu sa trace en 1898, alors qu'elle habitait rue Rousselet. Elle en a peut-être été chassée par la construction d'un nouvel immeuble à l'emplacement du modeste et probablement insalubre bâtiment où elle vivait. Ce nouvel immeuble porte la date de 1905.


L'immeuble de la rue Rousselet, Paris, 7e, construit à l'emplacement 
du domicile de Clotilde Genet en 1898. Il porte la date de 1905.

Au décès de sa mère, Camille Genet a alors 16 ans. Qu'est-elle devenue après ce décès, jusqu'à ce qu'on la retrouve 6 ans plus tard en décembre 1910, lorsqu'elle donne naissance à Jean Genet ? Comme elle est mineure, il y a nécessairement un conseil de famille qui a statué soit sur son émancipation, soit sur la nomination d'un tuteur. Qui peut avoir été son tuteur ? Un de ses frères Gabriel ou Philibert, son beau-frère Maurice Martin ? Cela donnerait un éclairage intéressant sur ses jeunes années de formation et peut-être sur sa situation en 1910. Ce que l'on sait est qu'elle n'est recensée dans aucun des 3 ménages de sa famille restante, soit à Montreuil, soit à Varennes-Jarcy, soit à Lyon. Il est fort probable qu'elle a été placée très jeune pour subvenir à ses besoins et ne pas être à la charge de sa famille.

Façade sur la rue des Plantes de l'Asile et de l'Hôpital Notre-Dame de Bon-Secours
L'hôpital Notre-Dame de Bon-Secours est une institution privée desservie par les religieuses hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Paris, de l'ordre de Saint-Augustin, qui comprend 120 lits, répartis dans 6 salles communes et 18 chambres particulières. L'admission est gratuite pour les indigents. Pour les autres, le prix journalier est de 3 francs en salle et de 6 francs en chambre particulière.
En 1900, le comité de dames patronnesses, qui s'occupe de réunir les ressources nécessaires pour l'entretien de l'hôpital et de l'asile de Notre-Dame de Bon-Secours, est présidé par Mme la marquise de Gontaut-Saint-Blancard et Mme la Baronne Cochin.


samedi 26 septembre 2015

Une nouvelle carte postale, pour illustrer l'ancienne épicerie de François Genet.

Sur cette carte postale de la place de Virieu-le-Grand, que l'on peut dater d’immédiatement postérieure à la première Guerre mondiale (on distingue le monument aux morts), l'ancienne épicerie de François Genet se trouve au centre de la photo.


Détail de la carte, avec la vue de l'épicerie :


On peut se demander si l'enseigne, où le mot "épicerie" est calé à gauche, ne porte pas encore la trace du nom "Genet" qui aurait été effacé. On sait qu’initialement, vers 1880, l'enseigne portait "Epicerie Genet". 
Une trace, fugitive et effacée, de l'histoire de la famille Genet à Virieu-le- Grand, comme un palimpseste.

 

lundi 6 juillet 2015

François Genet à Virieu-le-Grand


Sur cette carte postale de Virieu-le-Grand (Ain), on distingue clairement les deux traces tangibles de l'activité de François Genet (1831-1892), le grand-père de Jean Genet.

Je les ai rapportées sur cette vue.


La première est la carrière que François Genet a créé en 1877, lorsqu'il se lance dans l'activité de fabricant de chaux, activité qui, rappelons-le, le mènera à la faillite.


La deuxième est la maison et l'épicerie qu'il a construites et établies à partir de 1865. Ce fut sa première activité au village. Tout cela sera aussi emporté par la faillite de 1879. C'est la travée de droite de cette petite maison au centre de l'image.


mardi 9 juin 2015

Une couturière, par Fernand Durozé


Cette couturière peinte par Fernand Durozé (1876-1961) évoque immanquablement la famille de Jean Genet. 

Rappelons que Fernand Durozé était le beau-frère de Gabriel Genet (1870-1932), l'oncle de Jean Genet. Sa sœur Gabrielle Durozé (1874-1928), épouse de Gabriel Genet, était couturière. Deux de leurs trois filles étaient couturières : Germaine Genet (1898-1960) et Suzanne Genet (1901-1933), cousines-germaines de Jean Genet. Est-ce que ce tableau représente une d'entre elles ? Nous aurions ainsi une image de proches de Jean Genet.

Pour mieux comprendre les liens familiaux : cliquez-ici.